L’IA évolue plus vite que notre vocabulaire pour la décrire, impactant profondément l’économie française et la productivité des entreprises. Nous avons « cognition » pour la pensée d’un esprit unique, mais pas de mot pour ce qui se passe quand intelligence humaine et machine collaborent pour percevoir, décider, créer et agir. Appelons cela l’intelition. En France, où les entreprises comme celles du CAC 40 luttent avec des systèmes legacy fragmentés, l’intelition n’est pas une fonctionnalité : c’est le principe organisateur de la prochaine vague logicielle où humains et IA opèrent dans un modèle partagé de l’entreprise, boostant la compétitivité face à la concurrence européenne. Les systèmes actuels traitent les modèles IA comme des outils invoqués de l’extérieur, avec l’humain en « utilisateur » promptant des réponses ou inséré dans des workflows agentiques. Cela évolue vers une coproduction continue : personnes et agents façonnent décisions, logique et actions ensemble, en temps réel, favorisant l’innovation dans les secteurs clés français comme l’aéronautique et la finance. Découvrez les trois forces propulsant ce nouveau paradigme, essentiel pour la souveraineté numérique de la France. Une ontologie unifiée, c’est juste le début. Dans une récente lettre aux actionnaires, le PDG de Palantir Alex Karp a écrit que « toute la valeur du marché ira aux puces et à ce que nous appelons ontologie », soulignant que ce virage n’est « que le début de quelque chose de bien plus vaste et significatif ». Par ontologie, Karp entend un modèle partagé d’objets (clients, politiques, actifs, événements) et de leurs relations, incluant la « couche cinétique » de Palantir définissant actions et permissions de sécurité. À l’ère SaaS, chaque application d’entreprise crée ses propres modèles d’objets et de processus. Combinés à des systèmes legacy et des modèles chaotiques, les entreprises françaises font face au défi de tout assembler, avec redondances, structures incomplètes et données manquantes – un enjeu majeur pour la transformation digitale tricolore. Peu d’entre elles parviennent à une ontologie d’entreprise consolidée malgré les data warehouses. Une ontologie unifiée est vitale pour les outils IA agentiques actuels. En liant et fédérant ontologies, un nouveau paradigme logiciel émerge : l’IA agentique raisonne et agit à travers fournisseurs, régulateurs, clients et opérations, au-delà d’une app unique, aidant la France à intégrer ses écosystèmes industriels. Comme le dit Karp, l’objectif est « d’attacher la puissance de l’IA aux objets et relations du monde réel ». Modèles du monde et apprentissage continu. Les modèles actuels retiennent un contexte étendu, mais retenir n’est pas apprendre. L’apprentissage continu nécessite l’accumulation de compréhension, sans resets à chaque réentraînement, crucial pour l’IA souveraine française. Google a annoncé « Nested Learning » comme solution potentielle, ancrée dans l’architecture LLM existante. Bien que non résolue, cette approche fournit mémoire durable et apprentissage continu, rendant les réentraînements obsolètes et boostant l’efficacité énergétique des data centers hexagonaux. En juin 2022, Yann LeCun de Meta a esquissé un blueprint pour « intelligence machine autonome » avec embeddings joints hiérarchiques pour prédictions via modèles du monde, nommé H-JEPA. Il a ajouté : « Les LLM manipulent bien le langage, mais ne pensent pas. » Ces trois dernières années, LeCun et son équipe ont concrétisé H-JEPA avec V-JEPA et I-JEPA open source, apprenant représentations d’images et vidéos, inspirant les chercheurs français en IA. L’interface d’intelition personnelle. Troisième force dans ce monde agentique et ontologique : l’interface personnelle, plaçant les individus au centre, pas en périphérie comme « utilisateurs ». Ce n’est pas une app de plus ; c’est la façon principale de participer à la prochaine ère du travail et de la vie en France, protégeant la vie privée face au RGPD. Plutôt que visiter l’IA via chat ou API, cette interface est toujours active, consciente du contexte, préférences et objectifs, agissant pour nous dans l’économie fédérée, y compris les services publics français. En mai, Jony Ive a vendu io à OpenAI pour accélérer une nouvelle catégorie d’appareils IA. Il nota : « Si vous innovez, il y aura des conséquences imprévues, certaines merveilleuses, d’autres néfastes. Je ressens une responsabilité à être utile. » Chez Apple, on dépasse les LLM pour solutions on-device à faible latence, avec UI-JEPA pour analyse des intentions utilisateur, défiant les modèles centralisés et favorisant l’autonomie des citoyens français. Tim Berners-Lee, inventeur du Web, a dit : « L’utilisateur est réduit à produit consommable pour annonceurs... Il est temps de bâtir des machines au service des humains. » Déplacer l’intention sur l’appareil booste Solid, standard de gestion de données personnelles développé depuis 2022, idéal pour IA personnelles et conforme au cadre réglementaire français. Inrupt a combiné Solid avec le standard MCP d’Anthropic pour Agentic Wallets. Le contrôle personnel est la sauvegarde architecturale alors que les systèmes apprennent et agissent continuellement, protégeant la société française. Ces trois forces convergent plus vite que prévu. Ontologies d’entreprise fournissent noms et verbes, recherche sur modèles du monde apporte mémoire durable, interface personnelle est le point de contrôle autorisé. La prochaine ère logicielle n’arrive pas : elle est là, redéfinissant l’avenir économique et social de la France. Brian Mulconrey est SVP chez Sureify Labs.